© 2017 Thierry Dupeux

Préambule : États d’âme d’un trappeur macadam


La route étire son cortège de corps abandonnés allant jalonner les bas-côtés. Autant de folies anonymes, montrant des poses à jamais arrêtées. Sur ces champs de courses au long cours, souvent la vie marque un arrêt. Des marginaux qui ont cessé de s’é-mouvoir et de fuir, semblent témoigner de nos agitations! Quand je prends la route, c’est en trappeur du macadam que j’avance. Je guette avec l’œil rivé sur les bas côtés. Qu’importe le paysage immortel et chaque saison renouvelée. Il m’est impensable de passer outre ces corps qui jonchent le sol et je m’arrête comme par instinct. Je ne saurais faire autrement. C’est une fascination teintée de beau et de morbide. La faucheuse est généreuse et parfois repasse le couvert…C’est un peu du sauvage qui disparaît pour ne laisser qu’une dépouille, une entité domestique, une peluche de compassion. Tout est bon dans le samaritain… S’arrêter est un devoir de « stop and go » du pilote d’avion, avec l’adrénaline de toucher le sol pour mieux se sentir appartenir au ciel, suspendu au cosmos, perdre son inertie et voler la légèreté d’une plume. La route est un piège tissé comme une toile sur les territoires. Alors je cueille ces corps et les dérobe aux flux prédateurs. La jouissance du trappeur macadam cède le pas à l’émotion qui sourd quand la bête m’habite et me ronge le cerveau et l’encombre. Alors m’advient l’idée libératrice de compassion, de révolte parfois et je fais de chacun d’eux des cauchemars. Le cauchemar ? C’est l’état de conscience partagée qui réveille ce que le moi conscient ne peut habiller. J’aimerai réveiller les consciences et m’adresser au monde entier, dire que la bête qui gît sur le bas côté c’est un peu de nous même qui nous habite et qu’il faudrait apprendre à s’arrêter, à s’interroger…s’adresser au monde entier parce que la route forme un cordon universel comme un Dédale dessiné par Moebius ou chaque itinéraire nous relie tous et nous ramène inlassablement sur nos pas, impossible d’échapper à ce sentier battu ! Avons-nous envie d’une vie ou l’on n’aura plus peur du loup ? Reste la valeur universelle du cauchemar, ce rêve qui nous sort éveillés…

Je suis un trappeur du macadam qui assemble ses prises pour en faire des cauchemars.

Thierry Dupeux

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